Mustafa Kemal Atatürk
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| Mandat : | 29 octobre 1923, au 10 novembre 1938 |
| Prédécesseur : | Personne |
| Successeur : | İsmet İnönü |
| Année de naissance | 1881 |
| Lieu de naissance : | Thessalonique |
| Mort : | 10 novembre, 1938 |
| Lieu du décès : | Istanbul |
| Parti politique : | CHP |
Mustafa Kemal Atatürk (né à Salonique en 1881 - mort à Istanbul le 10 novembre 1938) est le fondateur et le premier président de la république turque.
Ce militaire de carrière a participé à la défense du détroit des Dardanelles, ce qui fît dire aux alliés que le détroit était infranchissable. Après la Première Guerre mondiale et l'occupation alliée de l'Empire Ottoman, refusant de voir l'Empire Ottoman être démembré par le Traité de Sèvres, Mustafa Kemal, accompagné de partisans, se révolte contre le gouvernement impérial, et crée un deuxième pouvoir politique à Ankara. C'est de cette ville qu'il unifie et commande la résistance turque, et mène la guerre contre les occupants.
Sous son commandement, les forces turques vainquent les armées arméniennes, françaises et italiennes. Puis, il défait les armées grecques qui occupaient la ville et la région d'Izmir, la Thrace orientale et certaines îles de la mer Égée. Après la bataille de Sakarya, la Grande assemblée nationale de Turquie lui donne le titre de Gazi (le victorieux) ; il parvient ensuite à repousser les armées grecques hors de Turquie. Les forces britanniques choisissent alors de signer un premier armistice de paix avec lui, et s'engagent à quitter le pays.
Mustafa Kemal avait une volonté farouche de réforme et de rupture avec le passé impérial de la Turquie. Il profite de la trahison du sultan avec l'armistice de Moudros et la signature du Traité de Sèvres pour mettre un terme au sultanat le 1er novembre 1922. Ainsi, le sultanat (pouvoir politique) est séparé du califat (pouvoir religieux), qui est aboli peu après.
Après la proclamation de la République, il mène des réformes pro-occidentales dans le pays. Il déplace la capitale d'Istanbul à Ankara, laïcise la Turquie, donne le droit de vote aux femmes, remplace l'alphabet arabe par l'alphabet latin... En résumé, sous sa présidence, la Turquie a mené une révolution sociale sans précédent, qu'on appelle généralement révolution kémaliste. Le 24 novembre 1934, l'Assemblée lui donne le nom d'Atatürk « père des Turcs. »
Il meurt d'une cirrhose du foie le 10 novembre 1938. Au cours des funérailles nationales il est enterré au musée ethnographique d'Ankara. Sa dépouille repose aujourd'hui dans le mausolée dit de l'Anıtkabir.
Sommaire |
Jeunesse et activités politiques
Mustafa Kemal Atatürk est né en 1881 avenue Islâhhâne dans le quartier de Kocakasım, à Salonique (actuelle Thessalonique). Le jour exact de sa naissance est inconnu. Sa maison natale est actuellement le siège du consulat turc et abrite également un musée. Son père était Ali Rıza Efendi, sa mère Zübeyde Hanım. Son grand-père paternel Hafız Ahmet Efendi descendait des tribus nomades Kocacık (Turkmènes Yürüks), originaires de Konya et d'Aydın, qui s’étaient établies en Macédoine aux XIVe siècle et XVe siècle. Sa mère appartenait à une vieille famille turque établie au bourg de Langaza dans les environs de la même ville. Il s'agirait d'une famille d'origine albanaise.[1]
Des cinq frères et sœurs d'Atatürk, quatre meurent en bas âge et seule Makbule vécut jusqu’en 1956.
Mustafa Kemal commence son éducation à l’école coranique du quartier de Hafız Mehmet Efendi ; puis, suivant la volonté de son père, il entre à l’école laïque privée Şemsi Efendi. C’est à cette époque que son père meurt, en 1888. Sa mère s'installe alors à une trentaine de kilomètres de Thessalonique dans une ferme où travaille son frère. Mustafa Kemal doit cesser sa scolarisation pour devenir berger. Devant son refus de recevoir l'enseignement d'un pope grec, puis d'un imam, sa mère décide alors de le rescolariser à Thessalonique où il est hébergé chez sa tante.
En 1893, alors qu'il a douze ans, il se présente au concours d'entrée au collège militaire sans en parler à quiconque, sa mère. craignant les visicitudes de la vie militaire de l'Empire Ottoman. C’est dans cette école que son professeur de mathématiques Mustafa Bey, parce que « deux Mustafa dans la même classe, c'est trop », décide d'ajouter « Kemal » (perfect, complet) à son nom pour ses talents en mathématiques.
Dans les années 1896 à 1899 il termine deuxième de sa
promotion au lycée militaire de Manastir, et entre à l’école de guerre
d'Istanbul. À cette époque, les seules études supérieures possibles étaient les
études de théologie et les études
militaires : les études d'officier à l’occidentale le firent donc entrer
dans l'élite intellectuelle ottomane. C'est ainsi que la plupart des Jeunes
Turcs étaient issus de l’Académie militaire.
Il y découvre la littérature et la poésie. Ses auteurs
préférés sont Voltaire, Rousseau, Auguste
Comte, Camille Desmoulins et
Montesquieu.
C'est ainsi qu'il devient un admirateur des Lumières,[2] mais
également de la France révolutionnaire et il ne cache pas son admiration pour Napoléon. En 1902 il sort de cette école avec le
grade de lieutenant. Il entreprend ensuite des études à l'académie militaire,
qu'il achève le 11 janvier 1905 avec le grade de capitaine.
Dans cette académie, il devient membre d'un comité secret qui diffuse un journal contestataire à l'égard du pouvoir impérial, Vatan. Il organisait fréquemment les réunions du comité. Mais peu habitués aux méthodes d'agitation clandestine, il se fait arrêter avec ses amis du comité le 29 décembre 1904. Ils sont incarcérés à la prison rouge d'Istanbul où il reste enfermé plusieurs semaines seul, dans une cellule minuscule sans occupation.
À sa libération, il est dépéché à Damas.[1] Puis, entre 1905 et 1907, il sert en Syrie dans la 5e armée, un régiment de cavalerie devant combattre les rebelles druzes. Il rencontre à Damas des dizaines d’officiers hostiles au sultan et au régime impérial. Il décide de créer une association révolutionnaire, Patrie et liberté qui vise à combattre et à renverser le sultan.
L'organisation grandit rapidement et possède bientôt des ramifications dans toutes les unités syriennes. Il ébauche un plan de coup d'État contre le sultan, selon lequel toutes les unités ottomanes placées sous son contrôle marcheraient sur Istanbul et détrôneraient le sultan. Mais, face à trop de difficulté — les arabes ne seraient pas prêt à soutenir les ottomans, Istanbul et Damas sont beaucoup trop éloignés et ses hommes ne supporteraient pas un tel voyage, et, enfin, le régime impérial aurait eu le temps de répondre à cette révolte militaire — le plan est finalement abandonné.
En 1907 il obtient le rang de Kolağası (entre capitaine et commandant). Il reçoit une lettre de son ami Fethi Okyar lui disant qu'il perdait son temps en Syrie, et que la révolution qu'il attend se produirait dans les Balkans. Mustafa Kemal essaye donc de se faire transférer dans une garnison européenne. Il s'y emploie pendant plus d'un an, faisant jouer toutes ses relations au sein du ministère de la guerre. Il est finalement nommé à la 3e armée, basée à Salonique en 1907.
Là, il découvre une puissante organisation révolutionnaire : le Comité Union et Progrès. La même année, il adhére avec Fethi Okyar à la franc-maçonnerie. C'est à l’abri des loges que le Comité union et progrès se réunissait. Mustafa Kemal adhère à la loge Vedata. Cette loge est composée en grande partie d'étrangers, ce qui le pousse à la quitter.
Au printemps 1908, la révolution Jeunes-Turcs éclate. Niazi, l'un des dirigeants du mouvement, s'isole avec une poignée de partisans dans les montagnes macédoniennes. Mais Mustafa Kemal ne suit pas immédiatement le mouvement, il est persuadé que la révolution sera un échec. Le sultan dépêche l'armée pour mater les maquisards, mais l'armée se révolte à son tour contre le sultan. Le sultan rejette toutes les fautes sur ses conseillers et annonce la création d'un gouvernement constitutionnel. C'est une victoire pour les Jeunes-Turcs qui s'empressent de rétablir la constitution de 1876.
En 1910, il est envoyé en France et prend part à des manœuvres en Picardie. Il y découvre avec son ami Ali Fethi Okyar la Franc-maçonnerie française et se fait beaucoup d'amis qui l'aidèrent plus tard dans la guerre d'indépendance à la fin de la Première Guerre mondiale. En 1911, il commence à travailler sous le commandement du chef d'état-major à İstanbul.
Période militaire
Bataille de Tripoli
En 1911, les troupes italiennes prennent Tripoli, territoire alors sous contrôle ottoman. Mustafa Kemal est volontaire pour partir au front.
L'armée ottomane manquait cruellement de cadres dans ce pays, et la venue de Mustafa Kemal est appréciée. L'armée lui confie un poste dans la région de Tobrouk et de Derna. L'armée ottomane arrive à repousser l'armée italienne. Le 22 décembre 1911 l'Empire ottoman remporte la bataille de Tripoli.
Le 6 mars 1912, il prend le commandement militaire de Derna. En octobre 1912, le Monténégro déclare la guerre à la Turquie, et est immédiatement suivi de la Serbie, de la Bulgarie et de la Grèce. Le gouvernement turc conclut en toute hâte un traité de paix avec les Italiens et ordonne à ses troupes d'évacuer la Libye. Mustafa Kemal repart en direction de la Turquie.
Guerre des Balkans
Il y trouve une situation déplorable : les armées turques ont été battues sur tous les fronts. Les Serbes ont progressé sans rencontrer de résistance sérieuse et se sont emparés de Durazzo et de Monastir ; quant aux Grecs ils ont pris Salonique et ont fait plus de 25 000 prisonniers. Les Bulgares eux ont marché sur Istanbul et ont martelé les fortifications de Chataldja. Les Turcs sont défaits dans pratiquement toutes leurs possessions d'Europe.
Mustafa Kemal prend part à la première guerre balkanique. Il est chef d'état major d'une division chargée de défendre la ligne de fortifications située en travers de la presqu'île de Gallipoli en face de Bulaïr. Au cas où cette position stratégique serait prise par les Bulgares, ils contrôleraient alors les Dardanelles, d'où ils auraient pû d'envahir l'Anatolie prende Istanbul à revers. Les Bulgares lancent huit offensive, toutes repoussées. C'est une victoire pour Kemal. Les villes de Dimetoka et d'Edirne sont reprises à l'ennemi.
À la fin de la guerre balkanique, le triumvirat confie la réorganisation de l'armée ottomane à l'Allemagne, ce qui irrite les officiers turcs, dont Mustafa Kemal, qui ne cessent de dénoncer la germanophilie d'Enver Pacha. Pour se débarrasser de lui, ce dernier le nomme au poste de lieutenant-colonel et l'expédie comme attaché militaire à Sofia en 1913.
Première guerre mondiale
Bataille des Dardanelles
Haki Pacha affecte Kemal dans l'unité commandée par le général allemand Liman von Sanders. Convaincu que l'attaque des alliés se passerait à Gallipoli, il y installe son quartier général.
L'attaque des alliés contre Gallipoli se précise. Von Sanders prépare ses troupes à défendre les côtes longue de 80 km. Ne sachant pas où aurait lieu l'attaque principale, il crée trois unités de 20 000 hommes chacune se répartissant sur la côte. Mustafa Kemal reçoit le commandement du groupe situé devant le cap Hellès, au sud de la péninsule. (Voir article détaillé : Débarquement au Cap Helles).
Sanders charge Kemal de créer la 19e division à Tekirdağ, une brigade composée de Turcs et d'Arabes, à l'arrière des zones de débarquement.
L'attaque franco-britannique a lieu le 25 avril 1915. Mustafa Kemal, se trouve devant l'attaque principale. Il parvient à stopper la progression des Australiens pendant la journée que durent les combats. À la nuit tombante, la crête est toujours entre les mains des Turcs. Mustafa Kemal contre attaque durant la nuit et la journée qui suivent, sans parvenir à repousser les australiens. Il est cependant promu au rang de colonel pour avoir tenu la place.
Vers le début du mois de juin, il découvre un point faible dans les lignes ennemies et décide d'y effectuer une percée. L'attaque, préparée pour le 28 juin, doit être exécutée par un régiment turc d'élite, nouvellement arrivé à Gallipoli. L'offensive se solde par un échec cuisant, et le 18e régiment d'infanterie est décimé.
Les Australiens qui avaient pris entre temps un avantage stratégique en prenant la crête de la colline, se préparent à lancer une nouvelle offensive. Le général Von Sanders confie à Mustafa Kemal le commandement du seul corps d'armée présent sur la presqu'île. Dès l'aube, les deux attaques se déclenchent simultanément. Après une terrible bataille, les Turcs en ressortent vainqueurs, empêchant la progression des australiens. Avec cette victoire, Mustafa Kemal se dirige au sud pour diriger les turcs lors de la bataille de Chonuk-Baïr.
Le combat éclate en pleine nuit, après une longue bataille les Turcs balayent les deux bataillons britanniques et rejettent les troupes néo-zélandaises à la mer. Les Britanniques renouvellent leur offensive par deux fois, le 21 et le 22 août, mais les Turcs les repoussent. Après ce succès, Mustafa Kemal est promu au rang de Pacha - général - et il commande l'ensemble du front d'Anafarta. Durant la bataille des Dardanelles, l'Empire Ottoman, au prix de 253 000 victimes, est parvenu à protéger les Détroits, passage éminemment stratégique. Pendant la bataille, Mustafa Kemal aura déclaré à ses hommes : « Je ne vous ordonne pas de combattre, mais de mourir. »
Autres batailles et activités politiques
À la fin de cette bataille, Mustafa Kemal est considéré comme un héros dans tout l'Empire, les journaux le qualifient de « sauveur des Dardanelles et de la capitale ». Dès son retour à Istanbul, il se met à faire le siège des ministères. Il demande audience à Talat Pacha devenu Grand Vizir - premier ministre -. Il lui demande les clés du ministère de la défense, ce que Talat refuse catégoriquement. Puis il rencontre le ministre Nessim, à qui il explique :
« Les rapports optimistes de notre Haut-Commandement sont totalement erronés. Nos affaires vont très mal. La Turquie court au désastre. Elle doit rompre son alliance avec l'Allemagne et conclure au plus vite une paix séparée. Enver Pacha est d'une nullité prétentieuse, un pourfendeur de nuées. N'endossez pas la responsabilité de la catastrophe qui va s'abattre sur notre pays! »
Après cette déclaration, il est de nouveau sans emploi, plus personne ne veut le recevoir. Il se remet à boire, il passe ses nuits dans des cafés et des tripots.
Pour l'éloigner de la capitale, Enver lui donne le commandement du 16e corps d'armées au Caucase puis celui de la 2e armée dont le Quartier Général se trouve à Diyarbakır. Il trouve l'armée dans un état déplorable, mais se donne comme principale mission de reconstituer les troupes turques avant l'arrivée des armées tsaristes en Anatolie. Pour cette mission il est accompagné de deux hommes, le général Kazım Karabekir et son chef d'état-major, le colonel İsmet İnönü.
Avec eux il s'emploie à regrouper les unités disloquées et à reformer les cadres. Tout l'hiver de 1916 est consacré à cette tâche. Cependant en 1917, Mustafa Kemal doit reconnaître que malgré tous ses efforts, ses troupes ne sont pas prêtes à combattre l'armée russe. Mais en Russie les premiers signes de la révolution bolchevique font leur apparition, les soldats russes désertent ou, pour certains, refusent d'obéir aux ordres. À l'automne 1917, les forces tsaristes ont quasiment disparu d'Anatolie. Mustafa Kemal en profite pour passer à l'offensive et pour reprendre le contrôle des provinces chrétiennes. En combattant les forces russes il reprend Muş et Bitlis. Il se prépare à marcher sur Batoumi, quand il reçoit un télégramme d'Istanbul lui enjoignant de se rendre immédiatement en Syrie.
En Syrie et en Mésopotamie, c'est le général allemand Erich von Falkenhayn qui prend le commandement. Les Britanniques soutiennent les indépendantistes arabes, ce qui menace l'Empire Ottoman. À Alep, les Allemands créent les « Yîldîrîm Ordusu » - coup de foudre - dont les unités sont encadrées par un fort pourcentage d'officiers allemands. Mustafa Kemal reçoit le commandement de la 7e armée qui fait partie de « l'Asia Korps ».
Mais devant les relations execrables qu'entretenaient Kemal et le général Falkenhayn, Enver décide de mettre Kemal en congé pour raison de santé. Il est en effet malade, une crise de paludisme contractée dans sa jeunesse venant saper ses dernières forces.
Il retourne donc à Istanbul, il y passe plus de trois mois. Sa chambre devient vite le lieu de rendez-vous des officiers qui ne supportent plus la présence des Allemands dans le pays. Sur proposition d'Enver, Mustafa Kemal effectue en 1918 un voyage en Allemagne avec l'héritier de la couronne, le prince Vahidettin. Le but d'Enver est à la fois d'éloigner Kemal de la capitale, mais aussi de lui montrer le modèle de réussite allemande.
En Allemagne, sa première préoccupation est de persuader le prince que l'Allemagne ne peut que perdre la guerre mondiale. Il adopte ainsi pendant tout son séjour une attitude critique. Il incite le prince à poser des questions gênantes aux Allemands, et à renvoyer Enver pendant qu'il en est encore temps.
À son retour à Istanbul, il tombe malade, ses reins étant gravement atteints. Il est tout d'abord soigné à Vienne puis à Karlsbad. C'est là-bas qu'on lui apprend que le sultan Mehmed V est mort et que Vahidettin a pris sa relève sous le nom de Mehmed VI. Encore malade, il décide de revenir à Istanbul pour parler au nouveau sultan, il est reçu par le sultan avec les plus grands égards. Mustafa Kemal lui assure que beaucoup d'officiers veulent se débarrasser d'Enver, mais le sultan préfère ne pas prendre de décision tout de suite. Il le revoit quelques jours plus tard mais Mehmed VI, conseillé par son beau frère Damad Ferid décide de ne pas ouvrir les hostilités avec le CUP.
Enver qui est au courant de tout ça, a tout fait pour éloigner Kemal du sultan, et il réussit. Le sultan l'envoie en mission en Syrie.
Sur le front syro-palestinien
Mustafa Kemal retourne en Syrie le 20 août 1918, et prend pour la deuxième fois le commandement de la 7e armée. La 7e armée que commande Mustafa Kemal est composée de deux corps d'armées commandés respectivement par le colonel Ismet, et par le colonel Ali Fuad.
Mustafa Kemal trouve les troupes ottomanes encore une fois dans un état déplorable, beaucoup de régiments n'ayant plus que dix pour cent de leurs effectifs habituels. Les hommes, privés de nourriture et même parfois d'eau meurent quotidiennement. Leur moral est au plus bas, il faut user de violence pour les maintenir dans les rangs. Des patrouilles en camion, armées de mitrailleuses, sillonnent les arrières avec l'ordre d'abattre toute personne désertant les rangs, ce qui n'empêche d'ailleurs pas les désertions. Pour défendre leurs bases, les Turcs ne disposent que de huit avions et de deux batteries de DCA.
En face, les Britanniques ont massé des effectifs très supérieurs en nombre, et ils sont alliés avec les Arabes de l'Émir Fayçal.
Il tente de remettre de l'ordre, mais il tombe rapidement malade. Atteint par une crise de coliques néphrétiques, il doit rester dans son lit dans son quartier général de Naplouse.
Les Britanniques attaquent le 19 septembre. Les armées turques sont vite balayées et elles sont obligées de fuir devant l'avancée des troupes britannico-arabes. La retraite tourne à la débâcle, les hommes fuient à travers le désert laissant derrière eux fusils, canons et même leurs vivres.
Une partie de l'armée commandée par Mustafa Kemal a fui, mais il a réussi à garder autour de lui un petit noyau de troupes disciplinées. Il évite Dernaa et part directement vers Damas Il décide avec le général Sanders d'abandonner les régions arabes qui s'étaient révoltées, pour défendre l'Anatolie proprement dite. Le 30 septembre, toutes les troupes turques de Syrie sont contraintes de se replier sur Alep.
La 7e armée ottomane de Mustafa Kemal commence par placer des cordons de police en travers de toutes les routes menant vers l'Anatolie. Au fur et à mesure qu'affluent les troupes débandées, les soldats leur font faire halte, les regroupe et les remettent en ligne.
Le 26 octobre, les avant-gardes britanniques apparaissent, constituées de deux régiments de cavalerie hindoue. Mustafa Kemal se rend aux avant-postes et commande lui même le tir de ses hommes. Surprises par cette résistance inattendue, les troupes hindoues se retirent vers le sud et demandent du renfort. Les Turcs voient au loin les Britanniques jeter leurs casques et pousser des « hourras ». Le gouvernement du sultan Mehmed VI venait juste de signer avec les alliés le traité de Moudros. L'Empire Ottoman vaincu dépose les armes le 30 octobre 1918.
Après le départ des Allemands, Mustafa Kemal se rend à Adana pour recevoir le commandement militaire de toutes les forces armées ottomanes. Espérant que le gouvernement turc dénoncera ce traité d'armistice, il essaie de gagner du temps et discute toutes les décisions prises avec les Britanniques. Quand les Britanniques lui demandent d'évacuer Alexandrette, il refuse et donne l'ordre à ses soldats de défendre la ville. Mais il reçoit un télégramme d'Istanbul lui demandant de collaborer avec les Britanniques. Refusant de voir son pays occupé, il réunit des officiers, constitue des dépôts d'armes et de munition dans les montagnes voisines et recrute des partisans.
Mustafa Kemal reçoit un coup de téléphone d’ Izzet Pacha le 20 novembre, lui demandant de rentrer immédiatement à Istanbul. Quant il arrive dans la capitale, il voit que les alliés occupaient tout le pays. L'Empire Ottoman a été envahi et dépecé, l’Arabie, la Syrie, la Palestine, la Macédoine, la Thrace et la Mésopotamie sont passées sous le contrôle des alliés. Dans ce qui reste de l'Empire Ottoman, des cuirassés britanniques sont ancrés dans le Bosphore, les troupes britanniques occupent Istanbul, les Français, les Britanniques, les Italiens et les Grecs se partagent les villes turques.
Guerre de libération
Début de l'occupation
Les partis politiques étaient extrêmement divisés sur l'attitude à adopter par rapport aux occupants. Certains voulaient transformer l'Empire Ottoman en un protectorat américain. Or, pour Mustafa Kemal, accepter l'occupation étrangère était une véritable humiliation. Il se met alors à hanter les couloirs du Parlement pour convaincre les partis politiques de ne pas accorder leur confiance au Grand Vizir, Tewfik Pacha. Mais les hommes politiques avaient peur de Mustafa Kemal, Tewfik obtient une majorité écrasante dans sa motion de confiance proposée aux parlementaires.
Quant il apprend les résultats de ce vote, il téléphone au Sérail et demande à être reçu d'urgence par le Sultan. Une semaine après, le sultan daigne le recevoir. Il lui demande de renvoyer le Grand Vizir Tewfik, et de tenir tête aux occupants, ce que le Sultan refusa. Après une courte conversation, son opinion était faite sur Mustafa Kemal, il le voit alors comme un homme vulgaire, dangereux et impulsif auquel il ne fallait absolument pas faire confiance. Le lendemain, il dissout le parlement et nomme son beau frère, Damad-Férid Pacha, Grand Vizir.
Mustafa Kemal était seul, son appel à la résistance ne rencontrait aucun écho, et la démobilisation de l'armée allait mettre un terme brutal à sa carrière. Il décide alors de se retirer dans une petite maison à Shishli, aux environs d'Istanbul en compagnie de l'un de ses amis, le colonel Arif.
Quelques mois plus tard, les alliés sont en difficultés, après la fin de la guerre l'opinion publique demande la paix et la démobilisation des troupes. Pour cela, les Français, les Britanniques et les Italiens décidèrent de démobiliser une partie de leurs troupes en fonction dans l'Empire Ottoman. En mai, les Grecs remplacent les alliés et occupent Smyrne et sa région. Un sursaut d'indignation et de colère éclate lorsque les Turcs apprennent que les Grecs occupent des terres ottomanes. La révolte gronde et les appels à la résistance se font de plus en plus insistants. Suite à toute cette agitation, il fallait pour le sultan envoyer un homme de confiance en Anatolie qui pourrait persuader les Turcs de déposer les armes. Le sultan, sur le conseil de son Grand Vizir décide d'envoyer Mustafa Kemal, comme inspecteur de la 9e armée.
Kemal, le colonel Arif et Refet s'étaient embarqués dans un petit bateau, le Bandırma, direction Samsun. Au même moment, Mehmed VI reçoit un rapport de la police affirmant que le général Mustafa Kemal avait partie liée avec les organisations clandestines d'Anatolie. Le sultan décide de faire arrêter le général pour le faire interner, mais le contrôle interallié s'était beaucoup relâché au cours des derniers mois, et la police ne l'arrête pas.
Il débarque à Samsun le 19 mai 1919, à son arrivée les Britanniques envoient des espions pour le suivre, pour échapper à cette filature, il transfère son Quartier Général à Kavas puis à Amasya. Pour s'assurer du soutien des officiers militaires d'Anatolie, il les convoque le 18 juin. Le 22 juin, Refet, Ali Fuat et Rauf Orbay tiennent avec Mustafa Kemal une conférence secrète pour organiser la résistance et réfléchir à l'avenir de l'Empire Ottoman. La décision est prise de mettre toutes les organisations de résistance sous les ordres d'un état-major unique. Quant aux unités régulières, Ali Fuad prend le commandement de toutes les forces de l'Ouest, Karabekir garde le commandement de toutes les troupes de l'est, et Mustafa Kemal prend celle du centre. Il décide ensuite de cesser toute relation entre la résistance et le pouvoir impérial, et de constituer un nouveau pouvoir politique en Anatolie. Mais les officiers l'entourant refusent de se laisser entraîner dans la voie politique, le commandant Rauf en particulier refuse de porter atteinte au prestige du sultan et à son autorité. Ali Fuad ne considérait pas Mustafa Kemal comme son chef et il était encore moins décidé à obéir à ses ordres en dehors du domaine militaire. Seul le colonel Arif était d'accord avec Mustafa Kemal.
Mais après plusieurs heures de discussion, Mustafa Kemal arrive à les persuader du bien-fondé de la constitution d'un nouveau pouvoir politique. Un congrès est alors convoqué à Sivas pour le mois d'octobre, et tout l'Empire est invité à y envoyer des délégués. Cette décision est transmise aux trois chefs militaires qui n'ont pas pu assister à cette conférence. Les trois généraux lui ont répondu favorablement, ainsi Mustafa Kemal remporte une première victoire en ayant remporté le soutient des principaux chefs militaires du pays.
Fort de ce nouveau soutien, il commence à envoyer des télégrammes à tous les inspecteurs et commandants régionaux. Il leur demande d'organiser des mouvements populaires et de convoquer des meetings de protestation nationale. Ses appels ont été favorablement accueillis. Dans chaque ville, dans chaque village, un comité de résistance populaire est créé. Les officiers démobilisés ont été les premiers à répondre aux appels de Mustafa Kemal, ils entraînent avec eux un nombre croissant de volontaires.
Dans le même temps, le sultan Mehmed VI a appris les activités que menait Mustafa Kemal en Anatolie. Il lui envoie un télégramme lui demandant de rentrer immédiatement à Istanbul pour expliquer son comportement. À la suite de la réception de ce télégramme, Mustafa Kemal lui envoie un message l'invitant à venir en Anatolie pour se mettre à la tête de la résistance. Mais le sultan ne lui réponds pas et Mehmed VI prit la décision de le relever de ses fonctions, il le cassa de son grade de général, et signifia à toutes les autorités civiles et militaires de n'avoir plus à lui obéir.
Mustafa Kemal se démet de toutes ses fonctions le 8 juillet 1919. Face à cette crise ouverte entre lui et le sultan, il convoque ses amis et les commandants de corps d'armée, et il leur annonce la nouvelle.
« Nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Si nous poursuivons notre lutte, nous ne devrons compter dorénavant que sur nous-mêmes. Le gouvernement impérial sera contre nous. »
Ses camarades le soutiennent, à la condition qu'il ne porte pas atteinte à l'autorité ou au prestige du sultan. À l'issue de cette réunion, il adresse un message à tous les chefs de district. Le congrès de Sivas qui devait se tenir en octobre se tiendra finalement en septembre et il demande à chaque chef de district de lui envoyer au moins trois délégués.
Il convoque un congrès à Erzurum qui eut lieu du 23 juillet au 7 août 1919. Dans ce congrès Kazim Karabékir reçoit un télégramme du sultan lui demandant d'arrêter Kemal, mais le général Karabékir refuse, et Mustafa Kemal gagne sa deuxième victoire politique sur le sultan. Par la même occasion, il se rend au Congrès de Sivas en tant que représentant en chef de la 2e armée du général Békir. Ce qui lui permet de reconquérir une position officielle.
Le Congrès de Sivas
Le Congrès de Sivas est convoqué à la première quinzaine de septembre. La première séance plénière eut lieu le 13 septembre 1919. Contrairement à beaucoup de ses collègues, Mustafa Kemal avait les idées claires sur la politique à mettre en oeuvre et sur l'attitude à adopter vis à vis du sultan. Il commence à défendre avec Rauf, les résolutions prises au congrès d'Erzurum, qui sont votées à une majorité écrasante. Ces résolutions deviennent la pierre angulaire des travaux du Congrès. Mustafa Kemal fait ensuite voter une série de résolutions encore plus radicales que celle d'Erzurum, des résolutions qui font une distinction nette entre l'Empire Ottoman et la nation turque. Le Congrès se prononce pour une indépendance absolue et totale du peuple turc dans un cadre restreint, plutôt qu'à une autonomie relative dans un cadre plus large.
Quand le sultan apprit le vote de cette résolution, il envoie au gouverneur de la Malatya, Ali Galib l'ordre d'armer des miliciens Kurdes, et de les faire marcher sur Sivas et de mettre fin au Congrès. Les délégués, demandèrent à Mustafa Kemal de les sauver de ces miliciens. Pour ce faire, il demande au général Békir de lui envoyer d'urgence deux régiments d'infanterie montée. À la tête de cette troupe, il fonce vers Malatya, chasse le gouverneur Ali Galib, et balaye les miliciens Kurdes.
Il fait son retour à Sivas quelques jours plus tard. Il était désormais devenu le maître incontesté et incontestable du Congrès, personne n'osa plus remettre en cause ses décisions. L'assemblée constitue rapidement un Comité exécutif dont il fut nommé président. Il fit ériger ce comité en gouvernement provisoire qui obtient le droit d'agir en toute indépendance du pouvoir impérial.
Une fois élu président, il convoque des élections générales dans tout le pays, et demande au Congrès d'envoyer un ultimatum au Sultan, lui demandant de renvoyer le Grand Vizir, Damad Férid Pacha, coupable d'avoir provoqué la rébellion Kurde. Ne recevant aucune réponse du sultan, il décide d'isoler Istanbul du reste de l'Anatolie, il donne l'ordre aux autorités militaires de réquisitionner les lignes télégraphiques, de saisir les impôts et le courrier officiel. Il décide enfin de faire remplacer les fonctionnaires fidèles au sultan, par des fonctionnaires acquis aux idées révolutionnaires. Certains ont hésité à appliquer ses ordres, pour asseoir son autorité, il les révoque et menace de les faire fusiller.
Mehmed VI décide d'appliquer la même stratégie politique que son défunt oncle, Abdülhamid II. Le sultan décide dde renvoyer son Grand Vizir il rouvre le parlement et publie un rescrit ordonnant de procéder à de nouvelles élections. Par ailleurs pour ne pas inquiéter les alliés, Mehmed VI accepte de signer un accord secret plaçant l'Empire Ottoman tout entier sous mandat britannique et stipulant que le sultan, « mettrait la puissance morale et spirituelle du Califat au service du Royaume-Uni dans tous les pays musulmans ou s'exercerait son influence. »[3]
Dans l'attente des élections, l'assemblée transfère son siège de Sivas à Ankara, le 27 septembre 1919. Mustafa Kemal se voit très vite isolé, la plupart des parlementaires sont heureux de la décision du sultan d'avoir renvoyé le Grand Vizir, et d'avoir procédé à des élections, leurs demandes ont été satisfaites. À partir de là, ils ne voyaient plus l'intérêt d'être en conflit avec le souverain. Mustafa Kemal essaya tant bien que mal de les persuader que le sultan était toujours allié aux Britanniques, mais rien n'y fait. Il n'arrive pas à les convaincre, car non seulement les députés craignaient le spectre de la guerre civile, mais en plus ils étaient méfiants envers Mustafa Kemal, en particulier à cause de ses méthodes autoritaires. Même les plus proches amis de Mustafa Kemal décident de l'abandonner, Rauf Orbay veut suivre les députés au nouveau parlement d'Istanbul, il essaye tant bien que mal de convaincre Mustafa Kemal de le rejoindre mais c'est sans succès, il refuse catégoriquement.
A Istanbul, les députés demandaient l'indépendance de l'Empire Ottoman et le départ des alliés. Au même moment, en Anatolie, des miliciens turcs attaquaient les troupes alliées, en tuant plusieurs dizaines de soldats britanniques. Les Britanniques, voyant que la situation leur échappait, décident d'intervenir. Le 16 mars 1920, Mustafa Kemal reçoit un télégramme venant tout droit d'Istanbul. C'est un appel à l'aide des députés. Car au même moment, près de 100 000 soldats britanniques débarquèrent à Istanbul. Ils ferment le parlement, ils arrêtèrent plus de cent cinquante députés, dont Rauf et Fethi Okyar qu'ils déportèrent à Malte. İsmet İnönü et Fevzi Çakmak, prévenus à temps ont pu sauter d'une fenêtre du ministère de la guerre, pour rejoindre Mustafa Kemal. Il y a eu au total plus de vingt-trois morts et des centaines de blessés. C'est un échec cinglant pour le sultan et les députés.
La Grande assemblée nationale de Turquie
Mehmed VI ne protesta pas contre l'attaque des Britanniques, au contraire, il en profite pour condamner à mort Mustafa Kemal et ses camarades, et mettre sa tête à prix.
Kemal fit procéder à de nouvelles élections, les députés fraîchement élus se réunirent à Ankara et le 23 avril 1920, un nouveau pas vers la création de la république turque fut accompli avec la fondation de la Grande assemblée nationale de Turquie (Türkiye Büyük Millet Meclisi). Le parlement était beaucoup plus déterminé dans sa mission que ne l'était le parlement précédent. Le 29 avril 1920, un Comité exécutif est élu, ce comité déclare que le nouveau parlement est le gouvernement légal et provisoire du pays.
Mustafa Kemal est élu président de l'assemblée à l'unanimité. Il savait que les députés n'étaient pas encore prêts à proclamer la déchéance du sultan ou de rompre ses liens avec Istanbul. Mais la capitale étant aux mains des Britanniques, il déclara donc que les décisions prises par le gouvernement impérial sont dénuées de toute valeur légale.
Sentant la situation lui échapper, le sultan confie à son ministre de la guerre, Soliman Chevket Pacha, la création d'une force irrégulière destinée à exterminer les nationalistes. C'est l'Armée du Calife, une armée qui est soutenue par les Britanniques.
L'armée du Calife
Le sultan dépêcha des agents dans toutes les villes et dans tous les villages encore sous son influence, il demanda aux Hodja et aux prêtres d'inviter les Turcs à prendre les armes contre les nationalistes. Mehmed VI n'hésite pas à utiliser son titre de Calife pour avoir le soutient des Turcs. Il ne présente donc pas les nationalistes comme les ennemis de sa politique ou du sultanat, mais contre les ennemis de Dieu, contre qui il fallait lutter.
Une guerre civile éclate alors entre l'Armée du Calife dirigée par Mehmed VI, et les nationalistes turcs dirigés par le général Mustafa Kemal. Aux quatre coins du pays, les paysans se soulevèrent contre les nationalistes, les partisans de Kemal s’efforçaient de réprimer durement les insurgés, mais ils se trouvaient chaque jour un peu plus en minorité. A Konya, les insurgés arrachèrent les ongles et écartelèrent des officiers envoyés par Mustafa Kemal dans la ville. La réponse des nationalistes est immédiate, ils mutilèrent toutes les notabilités de la ville, et les firent pendre sur la place du marché.
Mais les nationalistes sont en perte de vitesse, et les défenseurs du sultan se rapprochent dangereusement d'Ankara. Des militaires nationalistes qui devaient reprendre la ville d'Hendek aux partisans du sultan, fraternisèrent avec ceux-ci. Quelques jours plus tard, une division entière est exterminée par l'Armée du Calife. Cette armée avait conquis une douzaine de grandes villes turques. Des désertions ont lieu chez les troupes les plus fidèles à Mustafa Kemal. Une division nationaliste se mutina et passa sous le contrôle du sultan. De son côté le général Kazım Karabekir avait du mal à tenir son armée.
Mustafa Kemal s'était replié avec ses gardes du corps dans les bâtiments d'une ancienne école d'agriculture, il vivait en état d'alerte permanente, il devait se protéger contre les agents du sultan qui voulaient l'assassiner. Mais à la grande stupeur des Turcs, le traité de Sèvres qui consacre le dépècement de l'Empire est signé par Mehmed VI. Ce qui mit fin à la guerre civile.
Traité de Sèvres
Lorsque les Turcs apprennent la nouvelle de la signature du traité de Sèvres, les Turcs prennent fait et cause pour les nationalistes. De toute l'Anatolie, hommes, femmes et enfants affluèrent vers Ankara. Il y avait des fonctionnaires, d'anciens députés, des généraux et officiers, des ingénieurs, des agents de chemin de fer, etc. Mustafa Kemal constitue aussitôt un gouvernement de Salut Public, et il charge des généraux d'organiser la défense nationale. L'armée du Calife se désagrégeait d'elle-même, dans certaines unités, des chefs se sont faits égorger par leurs propres hommes qui sentaient avoir été trahis. Au bout d'une semaine l'Armée du Calife avait pratiquement disparu, sauf à Ismit où elle servait de couverture à la garnison britannique.
Une fois l'Armée du Calife éliminée, Mustafa Kemal s'attaque aux troupes étrangères. Les Turcs ne bénéficiaient pas de gros moyens militaires, il était donc impossible pour Kemal d'attaquer toutes les troupes étrangères en même temps. En septembre 1920, il charge Kazım Karabekir de refouler les forces arméniennes au delà des frontières turques. Les arméniens ont été pris à l'improviste, et ils se font rapidement tuer par les troupes turques. C'est la libération de Sarıkamış (20 septembre 1920), de Kars (30 octobre 1920) et de Gumri (7 novembre 1920). Après cette victoire, le général Békir force la république d'Arménie à signer un traité de paix à Gumri. Par la même occasion, les insurgés turcs se font de nouveaux alliés, les Russes qui décident de fournir des armes aux troupes turques pour lutter contre les puissances occidentales. En effet, Lénine et Trotski feront dépêcher le vice-commissaire Frounze pour appuyer et conseiller l'armée turque.[4]
Les troupes de Mustafa Kemal se tournent alors contre les autonomistes kurdes qu'elles écrasent. Puis en janvier 1921 elles se dirigent vers le sud et prennent d'assaut les villes de Kahraman Maraş et Şanlı Urfa (1919-1921) contrôlées par les Français. Elles viennent rapidement à bout des forces françaises, et se lancent à l'attaque de Bozanti. Les Français sont forcés de fuir, et le gouvernement d'Ankara signe un traité de paix provisoire avec eux libérant la Cilicie. Après cette victoire, les Turcs se tournent contre les Italiens, qui ne résistèrent pas longtemps aux multiples assauts turcs. Les Italiens fuient à leur tour le pays.
Mustafa Kemal décide alors de libérer Istanbul, après une attaque fulgurante contre les forces britanniques, le Haut-commissaire britannique ordonne à ses hommes de rassembler leurs bagages et de se tenir en état d'alerte. Le sultan désemparé par tout ceci, promet par une circulaire aux puissances signataires du Traité de Sèvres d’accepter le protectorat de « celle d’entre elles qui serait disposée à lui prêter assistance ». Les alliés n'avaient plus les moyens d'envoyer des hommes combattre les forces de Mustafa Kemal. Le politicien grec, Eleftherios Venizelos propose aux alliés de confier la prise de l'Empire Ottoman à la Grèce. Son but est de reconstituer la grande Grèce.
Guerre gréco-turque
Le pacte est conclu en moins de 48 heures, et la Grèce envoie une première armée en Thrace orientale qui encercla et désarma la 1e armée turque commandée par le général Jaffar Tayar. Puis, cette même armée débarque à Edirne et désarma les forces turques. D'autres armées grecques avaient elles aussi repoussé les forces turques.
En 1921, les Turcs perdent du terrain, et Mustafa Kemal est conscient qu'il n'arrivera jamais à battre les Grecs avec des troupes irrégulières. Il se donne alors comme principal mission de lever une armée régulière avant le retour du printemps. Il demande aux formations de maquisards de dissoudre leurs groupes et de rejoindre l'armée du gouvernement provisoire. Kemal demanda également à Edhem, le chef de l'Armée verte de rejoindre l'armée régulière. L'armée verte réunissait principalement des bandits qui extorquaient de l'argent et des vivres aux paysans anatoliens, il a longuement hésité à leur demander de rejoindre son armée, mais il s'est souvenu du combat que cette armée a mené contre l'Armée du Calife et contre les forces grecques. Edhem refuse catégoriquement de rejoindre l'armée régulière, et pour écraser Mustafa Kemal, il propose son aide au sultan. Mehmed VI refuse, et Edhem se met au service des Grecs, et fait envoyer à l'assemblée d'Ankara une proclamation dans laquelle il disait : « Le pays est las de la guerre. Le seul qui la désire encore est Mustafa Kemal. Renvoyez cette brute sanguinaire et concluez immédiatement la paix. Je me fais l'interprète des voeux de la nation. »
Le même jour, Mustafa Kemal donne l'ordre à İsmet İnönü d'écraser l'Armée verte sans pitié. Des unités régulières commandées par Refet foncent vers Kütahya, elles prennent rapidement la ville, capturent l'état major d'Edhem et désarment les soldats de cette armée. Edhem eut le temps de s'enfuir et rejoint les Grecs. Pour prendre sa revanche, Edhem expliqua aux Grecs, et au général Papoulas, que les Turcs sont divisés, et que Mustafa Kemal est complètement isolé. Papoulas qui devait attaquer les formations kémalistes au printemps décide finalement de les attaquer en plein mois de janvier.
Le 6 janvier les Grecs prennent la ville d'Afyonkarahisar. İsmet İnönü lance sa 61e division et un groupe de cavalerie sur Kütahya pour liquider les dissidents, puis il contre-attaqua à la hauteur d'Ineunü. (Voir article détaillé : Batailles d'Inonu) C'est la première victoire d’İnönü (6-10 janvier 1921) et des nouvelles forces kémalistes contre les forces grecques. Cette bataille eut dans tout le pays un retentissement énorme. Mustafa Kemal en profite pour convoquer le parlement.
L'assemblée nationale se réunit en séance plénière le 20 janvier 1921. Kemal fait voter une loi constitutionnelle affirmant que « la base de l'État turc était la souveraineté du peuple. »
Norbert de Bischoff écrit :
« La déclaration du 20 janvier 1921 fut le premier coup de hache porté dans l'ancienne constitution ottomane, la première fois que fut opposé à la souveraineté du Sultan-Calife le principe démocratique qui fait dériver tout le droit constitutionnel et toute la puissance politique de la souveraineté du peuple. La loi du 20 janvier 1921, ne créait pas un statut provisoire, un statut de fortune : elle posait des normes constitutionnelles permanentes, totalement différentes de celles qui avaient régi la Turquie jusqu'à ce jour. »
Dans le même temps, le gouvernement cesse de s'appeler "Gouvernement provisoire" et prend le nom de "Gouvernement de l'Assemblée Nationale".
Les Grecs veulent reprendre leur revanche et empêcher les Turcs d'achever leur préparatif militaire. Le 30 mars, ils attaquèrent la ville d’ Eskişehir avec 40 000 hommes. Mais les turcs remportent la bataille, c'est la deuxième victoire d’ İnönü (30 mars-1er avril 1921). Cette victoire fut accueillie avec beaucoup d'enthousiasme à Ankara. (Voir article détaillé : Seconde Bataille d'Inonu).
Après les multiples échecs des Grecs, les alliés décidèrent de calmer le jeu et se déclarèrent officiellement neutres dans le conflit. Les Grecs ne sont donc plus soutenus. Les Français encouragent les forces kémalistes à continuer la guerre, et les Italiens fournissaient secrètement des armes à l'armée kémaliste.
Malgré tous ses efforts, l'armée turque reste bien inférieure à l'armée
grecque qui était beaucoup plus nombreuse et mieux armée. Le 7 juillet
les Grecs lancent une offensive contre les forces turques, Mustafa Kemal donne
l'ordre à ses hommes de se replier à Sakarya. L'armée turque était en
grande difficulté, et les députés parlaient déjà de remplacer Mustafa Kemal par
un général moins autoritaire. Le 5 août 1921, Kemal monte à la
tribune de l'assemblée et demande les pleins pouvoirs :
« Une fois de plus la Turquie est en danger de mort! Une fois de plus, l'heure n'est pas aux discours, mais aux actes ! J'exige d'être nommé commandant en chef, avec des pouvoirs dictatoriaux ! »
]][1]. Mais
les députés ne sont pas favorable à cette proposition. Un député lui demande si
il ne serait pas préférable qu'il abandonne ses fonctions civiles pour se
consacrer entièrement à ses fonctions militaires. Mustafa Kemal lui
répond :
« Je vous répète que la Turquie est en danger de mort, et c'est tout ce que vous trouvez à répondre ? Pour pouvoir la sauver, il faut que j'exerce un contrôle absolu sur les affaires civiles, comme sur les affaires militaires, et que je ne sois pas constamment obligé de vous rendre compte de mes actes. Je n'ai pas dit : "Je vous demande les pleins pouvoirs." Je vous ai dit : "Je les exige !" Si vous me les refusez, j'agirai en conséquence. Soyez tranquilles : la Turquie ne périra pas ! Mais si vous me mettiez dans la triste obligation de choisir entre la Turquie et vous, alors sachez que mon choix est déjà fait, et que mes soldats l'approuveront. »
L'assemblée accorde les pleins pouvoirs à Mustafa Kemal le même jour. Mais l'assemblée spécifie que ceux-ci expireraient à la signature du traité de paix. Il quitte alors Ankara pour le front.
Les Grecs attaquèrent le 14 août 1921, c'est une bataille terrible qui s'engage entre les forces grecques et turques.
Mustafa Kemal avait établi son Quartier Général dans le petit village d'Ala-Geuz, un peu à l'arrière des lignes turques. Le 13 septembre 1921, après une longue bataille, les Turcs sont victorieux. Les Grecs ne tiennent plus sur leurs lignes et sont forcés de se replier lentement vers l'ouest. Pendant leur fuite ils adoptent la politique de la terre brûlée, ils incendient les villages, et saccagent les récoltes. Mustafa Kemal retourne à Ankara quelques jours plus tard.
À Ankara, il est ovationné, il est accueilli en triomphateur. Le 19 septembre 1921, l’Assemblée nationale accorda à Mustafa Kemal le titre de maréchal et de Gazi (héros vétéran).
La victoire de Sakarya fut telle, que les chefs d'État de plusieurs pays lui envoyèrent un télégramme pour le féliciter. Les télégrammes venaient de partout, de Russie, d’Iran, d'Afghanistan, des Indes, des États-Unis et de l'Italie. Le gouvernement français est le premier à en tirer des leçons politiques. Le 10 octobre 1921, la France envoie M. Franklin-Bouillon pour la signature d'un traité secret avec le gouvernement d'Ankara. Ce traité avait une importance capitale, car non seulement c'était la première fois qu'une puissance occidentale traitait directement avec le gouvernement d'Ankara en délaissant le sultan Mehmed VI, mais aussi parce que la France se retirait de la liste des ennemis de la Turquie, et elle considère le Traité de Sèvres nul et non avenu. En outre, elle se déclare disposée à accorder au peuple turc, une paix équitable et l'indépendance. Le protocole annexe du traité permettait à Mustafa Kemal de libérer définitivement la Cilicie et d'avoir le soutien de 80 000 soldats turcs, et l'armement nécessaire pour 40 000 autres soldats.
Mais il lui fallait plus d'hommes pour continuer la guerre et il entreprend avec İsmet İnönü et Fevzi Çakmak la reconstitution de l'armée turque. Pour ce faire, il vida tous les arsenaux, rassembla tous les stocks, fit remettre en état tout le matériel qui pouvait encore servir, et acheta des armes à la Bulgarie, aux États-Unis et à l'Italie, qu'il paya avec de l'argent emprunté à Moscou.[1] Par la suite, il appelle des hommes sous le drapeau, tout homme âgé de plus de 18 ans était invité à rejoindre la nouvelle armée nationale. Il se consacra à cette tâche durant tout l'hiver 1921 jusqu'au printemps 1922, toutes ces journées il les a passées à travailler, il passait plus de dix-huit heures par jour dans son bureau.
Durant l'été 1922, la nouvelle armée turque était prête à entrer en campagne. Le 26 août, il lance la « Grande bataille » (Büyük Taarruz) contre les forces grecques. Au bout de dix jours de combat, les 103 000 soldats turcs viennent à bout des 132 000 soldats grecs. Les soldats grecs sont rapidement obligés de s'enfuir et de se cacher dans les montagnes avoisinantes pour échapper à la cavalerie turque. Les autres se ruèrent par dizaines de milliers vers Izmir.
Le commandant en chef pénètre à Izmir le 9 septembre 1922, les Turcs de la ville lui font une ovation, et le remercie de les avoir libérés de la Grèce. Mais la prise d'Izmir ne met pas fin à la guerre, puisque les Grecs reforment une armée en Thrace. Il décide d'envoyer son armée en Thrace pour y chasser les Grecs, mais il est bloqué aux Dardanelles par les Britanniques. Les Britanniques refusèrent de laisser passer l'armée turque.
Déterminé, il reçut les officiers de deux régiments d'élite et leur demanda de faire marcher leurs soldats vers les positions britanniques, et de traverser en silence les tranchées ennemies sans tirer le moindre coup de feu. Le 29 septembre 1922, les soldats reçurent l'ordre de se mettre en route. Le plan a lieu comme prévu mais un accord est trouvé entre les deux partis au dernier moment.
Les Britanniques n'étaient plus soutenus par les Français qui craignaient l'éclatement d'une nouvelle guerre mondiale, où cette fois- ci, la Russie serait du côté des Turcs. La France envoya en toute hâte un parlementaire à Mustafa Kemal, Franklin-Bouillon. Il prit tous les engagements possibles vis à vis du Gazi, et lui promet que les Grecs évacueront rapidement la Thrace. Une conférence s'ouvrit le 6 octobre à la mairie de Mudanya. Quatre généraux participent à la conférence, un britannique, un Français, un Italien et le Turc İsmet İnönü. Par cette convention, les alliés s'engagèrent à obliger la Grèce de se retirer de la Thrace, et promettent d'évacuer le plus rapidement possible l'Empire Ottoman. Un armistice basé sur ces principes est ratifié à Mudanya le 11 octobre 1922.
Cette victoire lui permet d'engager son combat sur le terrain politique, pour l'abolition du sultanat et la proclamation de la république.
Mustafa Kemal, président de la république
Atatürk fut élu à la présidence de l’Assemblée nationale à deux reprises, le 24 avril 1920 et le 13 août 1923. Il s’agissait alors d'une charge cumulant les fonctions de chef d’État et de gouvernement. Lorsque la République fut proclamée le 29 octobre 1923, Atatürk en fut élu le premier président pour quatre ans, conformément à la constitution.
La République turque se construisit autour de principes inspirés de la révolution française. L'unité de la République, la sécularisation, mais aussi l'occidentalisation et la modernisation du pays. Car le régime kémaliste au lendemain de la chute de l’Empire Ottoman voulait recréer une nouvelle identité nationale, étatiste et laïque sur le modèle rigoureusement suivi en tout point de la république française.[5] Pour ce faire, Mustafa Kemal doit abattre les dernières institutions de l'ancien Empire Ottoman.
Complot de Smyrne
À partir de 1924 et 1925, les syndicats et les partis d'oppositions sont interdits. Un véritable culte de la personnalité entoure alors le Président de la République. Mustafa Kemal devient de plus en plus autoritaire. Mustafa Kemal est de plus en plus contesté, même au sein de son propre parti le CHP. Les principaux opposants sont Rauf Orbay Kazım Karabekir et Ali Fuat. Ils démissionnent ensemble du CHP pour fonder leur propre parti d'opposition, le Parti républicain progressiste (Terakkiperver Cumhuriyet Fırkasi), Kazım Karabekir en devient son premier président. Mais le 3 juin 1925, le parti est interdit suite à la révolte Kurde mené par le Cheikh Said.[6] Après une grave crise économique qui a touché la Turquie en 1925 et 1926, un complot voit le jour pour assassiner Mustafa Kemal. Les anciennes cellules du Comité Union et Progrès s'étaient reconstituées en secret. Les anciens amis de Kemal, Rauf, Refet, Ali Fuad, Kazım Karabekir et d'autres chefs de files de l’opposition s'étaient alliés pour renverser le gouvernement.
Tous les rapports de police indiquaient que le chef du complot était Djavid Pacha, ancien ministre des finances sous le gouvernement Jeunes-Turcs. En juillet 1926, Mustafa Kemal décide de faire une visite officielle à Smyrne. Deux jours avant sa visite, la police arrête trois individus suspects. La police découvre plusieurs bombes dans leur maison. Les prévenus avouèrent à la police avoir voulu assassiner Mustafa Kemal sous l'ordre de plusieurs parlementaires. Un des parlementaires, interrogé à son tour avoue que l'assassinat du Président devait permettre aux quatre grands Pachas, Refet, Ali Fuad et Kazım Karabekir et Adnan, de prendre le pouvoir avec Rauf et Djavid. Mustafa Kemal les fit arrêter sur le champ et les déféra devant un tribunal d'indépendance.
Les prévenus les moins importants furent jugés et pendus le jour même. Se trouvait parmi eux le colonel Arif, le confident de toujours de Mustafa Kemal. Malgré cela, Kemal signe l'arrêt de mort d'Arif sans sourciller. La deuxième partie du procès eut lieu à Ankara. Tous les chefs de l'opposition sont alors enfermés dans un petit box. Refet, Ali Fuad et Kiazim Kara Bekir furent condamnés à la dégradation militaire et à l'indignité nationale à vie. Ils retrouveront leur liberté quelques jours plus tard. Quant à Djavid, il est condamné à mort.
Mustafa Kemal a utilisé ce complot pour donner la vision d'une Turquie menacée par les ennemis de l'intérieur.
La Turquie kémaliste
Après s'être débarrassé de toute opposition, il modifie le mode de fonctionnement de l'Assemblée Nationale. Dorénavant, les députés seraient choisis exclusivement parmi les membres du Parti républicain du peuple, qui devenait par ce fait le parti unique. Les membres du Parti sont dans le même temps élus par le président du parti qui est Mustafa Kemal, et le Président de la République est élu par les députés de l'Assemblée. Le système électoral est alors fermé, plus aucune opposition ne se manifeste alors au sein du parlement.
Le parlement l’élit de nouveau en 1927, 1931 et 1935.
Le verrouillage politique du pays lui permet de mener la révolution qu'il souhaitait mettre en œuvre, la Révolution à toute vapeur. Il entreprend la construction de la nouvelle Turquie mais il se heurta à un premier problème. Les caisses de l'État étaient vides, et la plupart de ses conseillers lui expliquaient que le seul moyen pour la Turquie de sortir de la pauvreté serait d'avoir recours au crédit étranger.
Or d'après lui, « le meilleur moyen de perdre son indépendance, c'est de dépenser l'argent qu'on ne possède pas. » Car il avait en mémoire les effets qu'a eu la dette ottomane sur l'Empire Ottoman et sur l'économie du pays, et il pensait qu'en ayant recours aux capitaux étrangers, la Turquie perdrait une partie de son indépendance. Donc pour financer les projets qu'il voulait mettre en œuvre, il décide de créer plusieurs banques, comme la Sumer Bank et la Eti Bank patronnées par la Merkez Bankasi. Ces banques ont drainé les capitaux pour mettre en œuvre des plans de développement économique. Mais des banques européennes avaient toujours le droit d'exercer en Turquie.
Ainsi des milliers de kilomètres de routes sont construits ainsi que plusieurs centaines de ponts, un réseau de chemins de fer extrêmement élaboré est créé, ce qui permet à l'Anatolie d'accéder à un développement économique homogène. L'agriculture est revalorisée, les paysans disposent de plus de moyens et d'outils agricoles, leurs fermes deviennent plus spacieuses et plus propres. Et pour la première fois de leur histoire ils épargneront pour préparer l'avenir de leurs enfants.
Le gouvernement kémaliste entreprend avec l'aide de l'URSS d'importants plans d'industrialisation ; des dizaines de centrales électriques sont ainsi construites pour l'industrie naissante. Des dizaines de fabriques de sucres et de ciments sont créées. Suivies par des verreries et des fabriques de céramiques, des fonderies, des aciéries et des usines de produits chimiques.
Au début des années 1930, l'abstention augmenta en Turquie, en effet, le peuple ne pouvant s'exprimer librement préféra s'abstenir. Mustafa Kemal sentant que lui, le parti et le parlement se coupaient peu à peu du peuple décida de créer un parti d'opposition de toutes pièces. Ce parti devait à la fois être indépendant et docile, il devait être critique sans porter atteinte au prestige du président.
Pour préparer les élections législatives d'août 1930, Mustafa Kemal décida de créer le Parti Républicain Libéral. C'est son ami Fethi Okyar qui devient président du parti, il est rejoint par une douzaine d'anciens députés, parmi eux Adnan Menderes. Mustafa Kemal prit soin d'expliquer à Fethi ce qu'il attendait de lui, en particulier sur les attaques sur son gouvernement.
Fort du soutien de Mustafa Kemal, Fethi se présente à la circonscription d'Izmir et y tient un meeting où il attaque le gouvernement. Mais la police intervient rapidement, disperse l'auditoire et arrête tous les dirigeants du nouveau parti. Mustafa Kemal dut intervenir en personne pour faire libérer Fethi et les opposants, il donna l'ordre à la police de protéger les meetings.
Quelques jours plus tard, Fethi monte à la tribune de l'Assemblée et critique la politique économique d'Ismet Inonu. Mais une bagarre éclata rapidement au sein de l'Assemblée entre députés des deux partis, Mustafa Kemal fut contraint de faire évacuer la salle. Puis dans son œuvre de démocratisation de la Turquie, il décida de supprimer la censure dont été victime la presse, mais il venait d'ouvrir sans le savoir la boîte de Pandore.
Il est alors victime de violente critique dans les journaux, des monarchistes, des anciens d'Union et Progrès et des communistes se regroupent autour de Fethi pour critiquer le gouvernement. Dans le même temps, une grève menée par des communistes toucha Izmir et des émeutes éclatèrent dans le Kurdistan. Mustafa Kemal décide de dissoudre le parti le 17 novembre 1930 suite aux évènements d'Izmir.[6] </ref> Mais le plus grave pour le gouvernement fut la révolte de Menemen qui a éclaté dans cette petite ville non loin d'Izmir en décembre 1930. Cette révolte menée par un imam fanatique qui affirmait être un prophète envoyé par dieu mena des critiques acerbes contre le gouvernement.














